HISTOIRE ET PATRIMOINE
SAINT-ANDRE SOUS LE SECOND EMPIREUne industrialisation rapide, des progrès techniques, tel est le XIXème siècle. Ce phénomène touche autant les grandes villes que les petites, et pas moins Saint-André que les autres. Notre commune va avoir la chance de posséder une personnalité haute en couleurs qui va entreprendre une politique de "grands travaux", il s'agit du Général MORIN, Maire de 1858 à 1867. Cet homme va devoir relever un défi majeur : résoudre le problème de l'accès à l'eau potable. Il y arrivera, non sans mal, non sans heurts; ce ne sera pas là le moindre de ses succès. Certes, sa personnalité écrase une vie politique locale bien timide et bien terne, et réduit à néant l'exercice démocratique, mais il a su faire de Saint-André un bourg moderne. | |||
UNE VIE POLITIQUE LOCALE BALBUTIANTELa vie communale de Saint-André dans les années 1850-1860 est dominée par la personnalité d'un homme : le général André Augustin Morin. Natif d'Evreux, où il y est né le 01/01/1793, le jeune Morin se destine rapidement vers une carrière militaire. Sorti de Saint-Cyr sous-lieutenant en 1812, les nombreux changements politiques ne l'empêchent en rien de mener une carrière exemplaire : dès 1813, sous le premier Empire, il est capitaine, son ascension continue sous Louis XVIII et la Restauration puis sous le règne de Charles X et Louis-Philippe; en 1818 il intègre le Corps d'Etat-major puis est attaché à l'État-major de l'armée du Nord 13 ans plus tard. Promu Commandeur de la Légion d'Honneur en 1845, puis Grand Officier en 1857, il termine sa carrière Général de division (il est également titulaire de l'ordre de Léopold de Belgique et Commandeur de Saint Sauveur de Grèce). Il ne délaisse pas pour autant la vie politique locale : depuis 1852, il siège au Conseil Général du département et il est nommé maire de Saint-André par décret de l'Empereur Napoléon III le 29 avril 1858, en remplacement de M. Séréville décédé au printemps 1857. Le général Morin sera remplacé à la tête de la commune par M. Biart en mars 1867. Non pas élus par la population ou les conseillers municipaux, les maires sont nommés par le pouvoir et donc, bien souvent, voués à sa cause. Les conseillers municipaux (au nombre de 12 pour Saint-André) sont, pour leur part, élus pour une période de 5 ans par les hommes de la commune de plus de 25 ans, mais même dans ce cas les élections ne réservent qu'un suspense limité : en 1860, sur les 17 candidats qui se sont présentés, 11 sont élus au premier tour et seulement 1 au second. Comme maire, le général Morin aura donc connu deux élections de conseillers municipaux, en 1860 et 1865. Pour Saint-André, le nombre d'électeurs tourne, bon an mal an, autour de 440 (les recensements de 1861 et 1866 donnent respectivement une population totale de 1492 et 1523 habitants) soit moins d'un tiers de la population du bourg. Il est vrai que les conditions requises pour voter sont drastiques : seuls les hommes de plus de 25 ans n'ayant jamais eu de condamnation judiciaire y sont autorisés. Tout est donc fait pour limiter certaines velléités de contestation. Toutefois, ces réserves ne peuvent remettre en cause les travaux effectués par la municipalité de 1858 à 1867, qui marquent encore aujourd'hui la physionomie générale du bourg. Une de ses principales oeuvres sera de remédier au problème de l'eau. | |||
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LA QUESTION DU RAVITAILLEMENT EN EAULes communes du XIXème siècle apportent une attention particulière à l'approvisionnement en eau potable. Saint-André n'y déroge pas, mais le problème se pose avec d'autant plus d'acuité que notre ville ne dispose pas à proximité de lac, fleuve ou rivière, mais seulement de quelques mares éloignées des habitations. Les précipitations sont trop insuffisantes, c'est pour cela que le plateau de Saint-André est parfois qualifié de "Sahara normand" ! Pour excessive qu'elle soit, cette expression n'en est pas moins symptomatique de la réalité. Les contemporains ne s'y trompent pas : en 1855, un mémoire rédigé par Brignon est lu à l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen sous le titre d'"Essai sur les moyens d'obtenir de l'eau potable dans les lieux qui en sont privés" où il prend comme exemple central la ville de Saint-André. Ce mémoire, conservé à la Mairie, sera à l'origine des orientations prises par la municipalité dans les années 1860. Il insiste sur l'importance du drainage pour fournir des ruisseaux riants aux bords fleuris et déplore que la commune ne dispose que de citernes privées recueillant l'eau de pluie. La commune avait pourtant décidé en 1833 la construction d'un puits artésien (entre l'église et la rue Chanoine Boulogne) qui s'est soldée par un échec. Les travaux de forage sont descendus à 270 mètres, soit 130 mètres sous le niveau de la mer, sans que ne jaillisse une seule gouttelette d'eau. En 1855, il n'existe qu'un seul réservoir situé à la mare des épignoches (il est appelé le "grand réservoir"), mais son état laisse à désirer. C'est pourquoi le général Morin décide en 1855 d'agrandir ce bassin tout en le réaménageant. L'intérêt d'une telle entreprise est double : premièrement , il s'agit d'améliorer l'approvisionnement en eau potable, et deuxièmement, des travaux d'une si grande envergure permettront d'occuper un grand nombre d'ouvriers, chose bien désirable à cause de la charté des substances alimentaires (délibération du conseil municipal du 2 octobre 1855). Quatre années plus tard, un nouveau réservoir à coté du précédent est en construction. Ce bassin est en réalité double puisqu'il se subdivise en deux parties distinctes : un dépotoir et une partie elle-même séparée entre un lavoir et un abreuvoir. Il est donc plus judicieux de considérer qu'il a été construit en 1859 non pas un mais deux bassins. Rapidement la nécessité d'amener l'eau au centre du bourg s'impose et les bassins ne suffisent plus. En 1859, le général Morin décide la construction d'une conduite d'eau de la mare des Epignoches jusqu'à la rue Paul Doumer et une fontaine assurant la distribution d'eau. | |||
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LES FONTAINESC’est en octobre 1861 qu’un programme de construtction de fontaines fut mis en œuvre. La délibération du conseil municipal du 19 octobre motivait cette décision par le fait que les besoins en eau de la population n’étaient pas satisfaits, tout en admettant que «pour les personnes les plus éloignées, il y aurait toujours une grande fatigue et beaucoup de pertes de temps». Ainsi en 1861, les Andrésiens disposaient de 4 fontaines :
La décision de construire ces trois nouvelles fontaines a été abondamment commentée dans les registres du conseil municipal de l’époque puisqu’elle était incontestablement une des plus importantes que la mairie ait eu à prendre. L’intérêt sanitaire pour les habitants était de disposer d’une façon permanente d’un ravitaillement en eau à proximité. Si ces projets n’ont fait l’objet que de peu d’opposition au sein du conseil municipal, il n’en allait pas de même pour les Andrésiens et fréquents ont été les heurts. Ainsi, un certain M. Duval, en 1862, s’opposa catégoriquement à ce que fût abattu un mur lui appartenant alors qu’il se trouvait sur l’emplacement décidé pour le passage de la conduite amenant l’eau au centre du bourg. Ce n’est qu’après l’intervention de la police qu’il se résigna à plier ! La politique sanitaire du Général Morin a œuvré pour le bien-être de la population. | |||
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L'AGRANDISSEMENT DE LA PLACE DU MARCHEUn des autres grands travaux du général Morin a été de remodeler la place du marché, aujourd'hui place Gambetta, projet dont on retrouve les traces dès 1853 ! Cette décision date du 4 novembre 1863 et a été motivée par la volonté de fournir un espace plus conséquent aux marchands qui sembleraient être toujours plus nombreux (ces derniers n'étant qu'un témoignage croissant de la prospérité de notre commune - délibérations du conseil municipal du 29 novembre 1863). L'usage du conditionnel s'impose ici du fait de l'impossibilité de corroborer ces faits, les sources permettant de les vérifier étant malheureusement beaucoup trop ténues. Certes les revenus des droits de location des places, halles, foires, marchés et abattoirs passent de 8080 francs à 9420 entre le début et la fin de la décennie 1850 sans qu'ils n'augmentent par la suite; et cette croissance est-elle due au nombre de marchands ? Une hausse des tarifs paraît bien plus probable. Quoiqu'il en soit, la décision est prise. C'est un projet lourd à mettre en oeuvre puisqu'il va nécessiter l'expropriation de trois propriétaires andrésiens dont les maisons longent l'église. Il s'agit de Mrs Langlois et Blondet et surtout de Mme Huet qui possède la majeure partie des terrains que la commune souhaite acquérir. La mairie réussit, après de difficiles discussions, à récupérer les bâtiments et à vendre les matériaux pour la somme de 3000 francs. Les travaux de terrassement peuvent alors débuter mais ils vont mettre en lumière des difficultés insoupçonnées. Il s'agit essentiellement du problème de l'écoulement des eaux usées, qui s'effectue alors par les actuelles rue Jean Jaurès et du clos Bourdin. L'agent voyer municipal (l'agent voyer a en charge l'entretien de la voirie) envisage plusieurs solutions dont celle d'un aqueduc passant sous la place. Cette dernière sera finalement retenue. Il semble, qu'encore une fois, la mairie bute sur le problème de l'eau, question qui paraît à bien des égards endémique pour Saint-André. L'importance de ces travaux oblige le conseil à créer une commission de surveillance des travaux dont sont membres deux conseillers municipaux, Mrs Cissey et Chrétien. Ils ont pour tâche de veiller au respect du cahier des charges imposé à l'entrepreneur qui fixe de nombreux impératifs de sécurité : barrières, surveillance diurne et nocturne du chantier pour éviter le vol et les accidents... Le nivellement de la place et la construction de l'aqueduc ne s'achèvent qu'au début de l'été 1866. Ils sont encore aujourd'hui à l'origine de la physionomie générale du centre du bourg. Dans son constant souci de modernité, non seulement André Auguste Morin amène l'eau au centre de la commune mais il veut aussi donner un cachet à Saint-André. La construction de la fontaine monumentale rue du chanoine Boulogne en est une preuve, tout comme l'est la décision de démolir la halle dite "vieille", même si dans ce cas précis on ne peut que supputer de ses réelles motivations. | |||
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LA DEMOLITION DE LA VIEILLE HALLELa halle de Saint-André se scinde en fait en deux parties distinctes : Le conseil décide la démolition pour le début de l'année 1861. Les motivations exactes restent floues. L'aspect esthétique semblerait avoir été déterminant ("la suppression de ce vieux bâtiment du plus misérable aspect serait un avantage" - délibérations du conseil municipal du 24 mai 1860), c'est du moins l'argument mis en avant, mais il paraît à lui seul bien insuffisant car les droits de location rapportent de l'argent à la ville et ce "vieux bâtiment" abrite nombre de marchands. Le maire émet aussi l'idée "d'établir une fontaine monumentale et réaliser ainsi l'utile à l'agréable", ce qui est une hypothèse bien plus séduisante pour expliquer la démolition de la vieille halle. Ce projet sera d'ailleurs concrétisé peu après. Le général Morin aura été à la tête de Saint-André pendant seulement neuf ans mais son oeuvre est grande. Elle est surtout centré autour du problème de l'accès à l'eau potable. Cette politique sanitaire a souvent été menée de concert avec un "idéal de prestige", tout autant au profit de la commune que d'André Augustin Morin lui-même. La fontaine monumentale au centre de la ville en est le plus bel exemple. Ainsi les traces du passage du général Morin à la mairie de notre commune sont toujours visibles pour les andrésiens. Ce n'est pas un hasard si une rue de Saint-André porte aujourd'hui son nom ! Cependant, d'autres événements de la seconde partie du XIXème siècle méritent que l'on s'y attarde. Une vie socio-économique transformée avec l'industrialisation, la guerre de 1870, l'arrivée des chemins de fer dans la région sont des faits importants, et dignes d'intérêt, du règne de Napoléon III et des débuts de la IIIème République. | |||
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La plus monumentale de ces constructions est toujours visible rue du Chanoine Boulogne. Par son style, elle peut s’apparenter à un beffroi en miniature ou à une petite tour. Originellement, un escalier circulaire extérieur (aujourd’hui détruit) donnait accès sur une retenue d’eau provenant des 3 bassins. Par son emplacement, au centre de la commune et donc à la vue des habitants comme des visiteurs, elle a été l’objet de toutes les attentions. Cette fontaine monumentale est dédiée au Général Morin et au Préfet Janvier Delamotte, deux inscriptions ornent son fronton : À M. le G(énér)al de d(ivisi)on Morin maire. À M. Janvier Delamotte P(réf)et de l’Eure 1861.

Les deux autres fontaines ont été moins choyées. L’une est située place de Gaulle, à proximité du Foyer Vicomte Belœil. L’autre, en excellent état, se situe rue de Pacy et a l’aspect d’une cheminée d’usine en briques rouges.